Vérifier la fiche de paie d'un candidat locataire
Un impayé coûte en moyenne plusieurs mois de loyer et une procédure d'expulsion qui dure de longs mois. La vérification du dossier au moment de la candidature reste le seul moment où le risque peut encore être écarté.
Les gestionnaires locatifs reçoivent des dossiers de mieux en mieux présentés, et parfois de mieux en mieux falsifiés. Cette page décrit une méthode de contrôle applicable en quelques minutes par dossier, et rappelle ce que la loi vous autorise à demander.
Ce que vous pouvez exiger, et ce qui est interdit
Commençons par le cadre légal, car s'en écarter expose à des sanctions. La liste des pièces exigibles d'un candidat locataire est limitative, fixée par décret.
| Autorisé | Interdit |
|---|---|
| Pièce d'identité | Relevé de compte bancaire |
| Trois derniers bulletins de salaire | Attestation de bonne tenue de compte |
| Contrat de travail ou attestation d'employeur | Dossier médical |
| Dernier ou deux derniers avis d'imposition | Extrait de casier judiciaire |
| Justificatif de domicile actuel | Photographie d'identité |
À retenir : les trois derniers bulletins sont exigibles de plein droit. C'est une chance, car le recoupement entre plusieurs bulletins est de loin la vérification la plus fiable.
La méthode en cinq étapes
Étape 1 — Recouper les cumuls des trois bulletins
C'est le contrôle le plus efficace, et il ne prend qu'une minute. Chaque bulletin affiche un cumul annuel. Entre deux mois consécutifs, la différence des cumuls doit égaler exactement le brut du mois.
Un écart signifie que l'un des bulletins a été modifié. C'est l'erreur la plus fréquente, car ajuster les cumuls sur trois documents demande un travail que peu de faussaires font.
Étape 2 — Vérifier l'employeur
Relevez le SIRET sur le bulletin et vérifiez-le dans la base officielle des entreprises. Contrôlez trois choses : l'entreprise existe, elle est active à la date du bulletin, et sa raison sociale correspond au nom affiché.
Une entreprise radiée ou en liquidation, alors que le candidat se déclare en poste, est un signal sérieux.
Étape 3 — Contrôler la cohérence interne
Sur le bulletin le plus récent, vérifiez que le brut moins les cotisations salariales donne bien le net avant impôt, et que le net à payer ne dépasse pas le montant net social.
Les cotisations salariales représentent normalement 20 % à 26 % du brut. Un taux très inférieur mérite une explication — qui peut être parfaitement légitime, nous y venons.
Étape 4 — Croiser avec l'avis d'imposition
C'est une vérification sous-utilisée et pourtant très solide : l'avis d'imposition est un document administratif, beaucoup plus difficile à falsifier de façon crédible qu'un bulletin.
Le revenu annuel déclaré doit être cohérent avec douze fois le net imposable mensuel. Un écart important entre les deux documents révèle souvent lequel a été retouché.
Étape 5 — Appeler l'employeur
Si un doute subsiste, l'appel tranche. Une précaution absolue : ne composez jamais le numéro inscrit sur le bulletin. Cherchez les coordonnées de l'entreprise par vous-même, via l'annuaire ou son site officiel. Un faussaire indique parfois un numéro qu'il contrôle, ou celui d'un complice.
Demandez simplement confirmation du poste et de l'ancienneté. L'employeur n'a pas à vous communiquer le salaire, mais confirmer un emploi ne pose généralement pas de difficulté.
Les pièges à éviter
Voici les situations qui font régulièrement rejeter des dossiers honnêtes.
L'apprenti
Un apprenti est exonéré de cotisations salariales : son net égale son brut, et sa rémunération est légalement inférieure au SMIC (un pourcentage variable selon l'âge et l'année de contrat). Deux anomalies apparentes, deux situations parfaitement régulières.
L'intéressement et la participation
Ces primes s'ajoutent au net sans passer par le brut. Le net peut alors atteindre 90 % du brut sans aucune irrégularité. L'équation « brut moins cotisations égale net » ne s'applique plus.
Les avantages en nature
Un véhicule de fonction ou un téléphone sont ajoutés au brut pour être cotisés, puis retirés du net puisque le salarié les perçoit en nature. Le net est alors inférieur au calcul attendu.
Le mois incomplet
Une absence maladie, un congé sans solde ou une entrée en cours de mois réduisent le brut sous le SMIC. Le bulletin reste régulier, mais une lecture rapide y verra une anomalie.
Conséquence pratique : une anomalie isolée ne prouve rien. Demandez une explication avant de rejeter un dossier — refuser un candidat solvable pour un apprentissage mal interprété est une perte pour tout le monde.
Combien de temps y consacrer
Une vérification manuelle complète représente dix à quinze minutes par dossier. Sur un volume de trente dossiers par mois, cela fait une journée de travail entière.
C'est cette arithmétique qui conduit la plupart des gestionnaires à ne contrôler que superficiellement — et c'est exactement ce sur quoi comptent les fraudeurs. Automatiser les contrôles calculatoires permet de réserver le temps humain aux dossiers réellement douteux.
En cas de fraude constatée
La production de faux documents pour obtenir un logement constitue un faux et usage de faux, sanctionné par le code pénal. Vous pouvez refuser la candidature et, selon la gravité, déposer plainte.
Conservez systématiquement les pièces transmises et la trace de vos vérifications. En cas de contentieux ultérieur avec une assurance loyers impayés, la preuve d'un contrôle sérieux à l'entrée peut être déterminante — certains contrats excluent la garantie si le dossier n'a pas été vérifié.
Automatiser ces contrôles
FraudDetect applique l'ensemble de ces vérifications en quelques secondes, et tient compte des cas légitimes décrits plus haut pour éviter les faux soupçons. Dix analyses gratuites, sans carte bancaire.
Analyser un dossier